- Une personne appartenant aux 0,1 % les plus riches a contribué près de 400 fois plus aux vagues de chaleur extrêmes qu’une personne issue de la moitié la plus pauvre de l’humanité.
- En Afrique, les 0,1 % les plus riches émettent 530 fois plus de CO₂ par personne que la moitié la plus pauvre de la population du continent.
- Le nouvel indice « Détruire et reconstruire » d’Oxfam révèle comment les investisseurs super-riches, qui financent les combustibles fossiles et d’autres industries fortement polluantes, tirent également profit de la préparation aux catastrophes, ainsi que des opérations de relèvement et reconstruction.
- Oxfam exhorte les gouvernements à faire payer les riches pollueurs et à mettre fin à la spéculation climatique.
Les 0,1 % les plus riches du monde (8 millions de personnes) génèrent plus de pollution carbone que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres de la planète réunies, révèle une nouvelle analyse d’Oxfam. Publié en amont du sommet des Nations Unies sur le climat (COP31) en Turquie, le rapport montre comment les super-riches provoquent le dérèglement climatique en raison de leurs émissions démesurées, tout en se protégeant des conséquences et, de plus en plus, en tirant profit de la destruction.
En Afrique, les 0,1 % les plus riches émettent 530 fois plus de CO₂ par personne que la moitié la plus pauvre de la population du continent (607,4 millions de personnes contre 1,3 million de personnes). À l’échelle mondiale, une personne appartenant aux 0,1 % les plus riches a contribué près de 400 fois plus aux vagues de chaleur extrêmes actuelles qu’une personne appartenant aux 50 % les plus pauvres. Collectivement, ce petit groupe de personnes produit plus de trois fois plus de pollution carbone que la population de l’Afrique subsaharienne (1,3 milliard de personnes).
« Le changement climatique n’est pas un fardeau partagé. Ceux qui y contribuent le moins en souffrent le plus, tandis que ceux qui y contribuent le plus continuent souvent d’en tirer profit. En Afrique, cette injustice est flagrante. Alors que les communautés vulnérables subissent des sécheresses dévastatrices, des inondations et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes, les personnes les plus riches du monde peuvent échapper aux pires effets du changement climatique grâce à des jets privés, des refuges climatiques coûteux et des assurances tous risques », a déclaré Fati N'Zi-Hassane, directrice d’Oxfam en Afrique.
En combinant des données sur les inégalités en matière d’émissions de carbone avec des modèles d’attribution climatique de pointe, Oxfam a constaté que:
- Plus de 300 millions de personnes en Afrique — soit 34 % de la population — sont à la fois exposées aux risques climatiques et très vulnérables à leurs conséquences. Ce chiffre est 28 fois supérieur à celui des pays à revenu élevé.
- Le 1 % le plus riche est responsable de 20 % du réchauffement climatique depuis 1990 – soit 100 fois plus, par personne, qu’un individu appartenant à la moitié la plus pauvre de l’humanité.
- Les émissions produites en une seule année par le 1 % le plus riche entraîneront 1,9 million de décès supplémentaires liés à la chaleur. 78 % de ces décès surviendront dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, alors que ces pays ne sont responsables que de 8 % des émissions mondiales.
- Les émissions du 1 % le plus riche causeront près de 53 000 milliards de dollars de dommages d’ici 2050.
Utilisée exclusivement par les plus riches, l’aviation privée reste l’un des exemples les plus frappants d’inégalité extrême en matière d’émissions de carbone. Une nouvelle analyse réalisée par Oxfam à partir de données de suivi des jets privés révèle que :
- Au total, les jets privés émettent en deux secondes plus d’émissions de carbone qu’une personne appartenant à la moitié la plus pauvre de l’humanité n’en émet en un an.
- En 2025, plus de 11 000 vols en jet privé ont décollé d'Afrique, générant plus de 98 000 tonnes de CO₂. Il faudrait environ 493 000 arbres pour compenser ces émissions.
Alors que les super-riches sont responsables d’une part disproportionnée de la pollution carbone, ce sont les gens ordinaires qui subissent de plein fouet les inondations, les incendies et les famines qui en résultent. Pour les Africains et Africaines, qui consacrent en moyenne 41 % de leurs dépenses de consommation à l'alimentation – soit trois fois plus que la moyenne des pays à revenu élevé –, les catastrophes climatiques se traduisent par la destruction de leurs habitations et de leurs récoltes, l'épuisement de leurs économies, la perte de leurs moyens de subsistance et la faim.
Cela rend les populations encore plus exposées lorsque la catastrophe suivante survient, ce qui aggrave les inégalités qui les rendaient, dès le départ, bien plus vulnérables face aux crises climatiques. D’ici 2050, jusqu’à un milliard de personnes (environ 10 % de la population mondiale) pourraient être déplacées en raison de la crise climatique. La plupart de ces personnes déplacées se trouveront dans les pays du Sud.
Le rapport d’Oxfam montre également comment les catastrophes climatiques sont devenues de plus en plus lucratives. Le marché mondial de la reprise après sinistre devrait passer de 70 milliards de dollars à 92 milliards de dollars par an d’ici 2029.
Le nouvel indice « Destroy & Rebuild » (en français « Détruire et reconstruire ») d’Oxfam recense 217 entreprises qui tirent profit des secteurs contribuant à la crise climatique, ainsi que de ceux liés à la préparation aux catastrophes, à la reprise et à la reconstruction.
BlackRock et Vanguard détiennent des participations dans 92 % des entreprises figurant dans l’indice. Le total de leurs investissements s’élève à plus de 1 000 milliards de dollars.
Le rapport met également en garde contre le fait que les catastrophes climatiques sont de plus en plus exploitées pour faire adopter des politiques qui aggravent les inégalités, notamment la privatisation de l’action climatique et des services publics, l’accaparement des terres, la déréglementation et les allégements fiscaux profitant aux super-riches. Il en résulte un cercle vicieux d’injustice : le nombre de décès dus aux inondations est sept fois plus élevé dans les pays où les inégalités sont les plus marquées.
« Les pays riches et pollueurs devraient assumer pleinement leur responsabilité dans la crise climatique, car ils aggravent les souffrances des communautés africaines qui ont le moins contribué aux émissions mondiales. Ils doivent fournir les fonds suffisants nécessaires pour lutter contre la crise climatique qu’ils ont provoquée, afin de sauver des vies et de protéger les biens. Tôt ou tard, les principaux émetteurs de carbone devront payer une part plus équitable, car les migrants climatiques forcés n’auront d’autre choix que de chercher refuge à leur porte », a déclaré N’Zi-Hassane.
Oxfam exhorte les gouvernements réunis à la COP31 à :
- Faire en sorte que les riches pollueurs paient pour réduire de manière significative et rapide leurs émissions de carbone, notamment par le biais d’impôts permanents sur la richesse et le revenu, d’une taxe permanente sur les entreprises du secteur des combustibles fossiles et de taxes punitives sur les articles de luxe à fortes émissions, comme les jets privés.
- Augmenter considérablement le financement climatique destiné aux pays du Sud, en privilégiant le financement public sous forme de subventions plutôt que les prêts qui aggravent l’endettement. Le montant alloué à l’adaptation devrait être triplé d’ici 2035.
- Réduire radicalement les inégalités au sein des pays et entre eux, notamment grâce à des infrastructures publiques et des services publics résilients face au changement climatique.
- Mettre fin à l’exploitation des catastrophes climatiques à des fins lucratives. Les gouvernements doivent limiter le pouvoir des entreprises dans les interventions d’urgence, la reconstruction et les systèmes alimentaires en cas de catastrophe.
Fatuma Noor | Fatuma.Noor@oxfam.org | +254 723 944682
Simon Trépanier | Simon.Trepanier@oxfam.org | +39 388 850 9970
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- Téléchargez le rapport et la note méthodologique d’Oxfam.
- L’analyse d’Oxfam révèle que 1,18 million, soit 78 % des décès supplémentaires dus à la chaleur, se produiront dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur.
- Depuis 1990, les émissions de carbone du 1 % le plus riche ont entraîné une baisse de la production économique mondiale de 2 900 milliards de dollars. D’ici 2050, ce chiffre passera à 52 600 milliards de dollars, ce qui équivaut à une perte de 0,5 % du PIB mondial cumulé sur cette période. Ce sont les pays les moins responsables des changements climatiques qui subiront les conséquences économiques les plus lourdes.
- Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), jusqu’à un milliard de personnes pourraient être déplacées en raison de la crise climatique d’ici 2050. La fréquence et l’intensité de ces événements augmentent en conséquence directe du changement climatique.