Le financement mondial consacré à la préparation et à la réponse au phénomène El Niño est cruellement insuffisant et inadapté aux besoins, a averti aujourd’hui Oxfam.
Ce phénomène climatique en pleine évolution a déjà des conséquences catastrophiques à l’échelle mondiale, avec des incendies de forêt généralisés, des mauvaises récoltes et une insécurité alimentaire et hydrique de plus en plus grave. Selon les scientifiques, il pourrait s'agir du plus puissant jamais enregistré.
Le financement mondial total consacré à la préparation et à la réponse humanitaires face à El Niño s’élève actuellement à 450 millions de dollars. Le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations unies a alloué jusqu’à 100 millions de dollars et a, à ce jour, versé 20 millions de dollars à six pays. La majeure partie des 350 millions de dollars restants dépend d’appels de fonds et moins de 20 % ont été promis jusqu’à présent. À titre de comparaison, le précédent phénomène El Niño le plus intense, survenu en 2015-2016 – qui avait touché plus de 60 millions de personnes –, avait donné lieu à un appel de fonds collectif de 5 milliards de dollars, dont près de 2 milliards avaient été effectivement levés.
À travers l’Afrique, le Programme alimentaire mondial a averti qu’El Niño pourrait plonger 24 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire d’ici fin 2027 – ce qui représenterait près de la moitié de l’augmentation prévue de 49 millions de personnes dans 45 pays vulnérables à l’échelle mondiale. Rien qu’en Afrique australe, 12 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, la faim devant augmenter de près de 75 %. Les scientifiques indiquent que ce phénomène climatique, qui s’intensifiera à partir de ce mois-ci jusqu’en avril de l’année prochaine, pourrait être le plus intense jamais enregistré.
Pour les familles qui peinent encore à se remettre de la sécheresse, la menace d’El Niño fait peser une nouvelle incertitude sur leur survie. « J’avais 14 chèvres et une petite exploitation où je cultivais des légumes. À cause de l’absence de précipitations, j’ai perdu toutes mes récoltes et tout mon bétail. Maintenant, on nous dit qu’El Niño arrive et je ne sais pas ce qu’il nous reste encore à perdre. Lorsque les fortes pluies arrivent, elles emportent tout ce que nous essayons de reconstruire. Nous ne pouvons qu’espérer que tout ira pour le mieux. » Halkano Golole, un habitant de Marsabit au Kenya.
Fati N’Zi-Hassane, directrice d’Oxfam pour l’Afrique, a déclaré :
« En Afrique, l’injustice climatique se répercute directement dans l’assiette des gens, et cela survient alors que le financement humanitaire est à son plus bas niveau historique, ce qui plonge les familles encore plus profondément dans la crise. Il est inhumain d’attendre des gens qu’ils continuent à encaisser ces coups. »
De nombreux pays à faibles et moyens revenus sont déjà aux prises avec l’endettement, la pauvreté, la faiblesse des services publics et, dans certains cas, des conflits. Parallèlement, la réduction d’un tiers de l’aide internationale et du financement climatique au cours des trois dernières années a gravement affaibli le soutien qui leur est apporté :
- En Afrique orientale et australe, 62 millions de personnes sont confrontées à l’insécurité alimentaire en raison des inondations et de la sécheresse, plusieurs pays étant menacés de famine, notamment le Soudan, le Soudan du Sud et la Somalie.
Au Sahel, le niveau de l'eau baisse déjà dans près de 80 % des points d'eau.
- En Asie du Sud-Ouest et en Afrique du Nord, plus de 8 millions de personnes en Syrie et en Palestine sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que l’Algérie, le Maroc et la Tunisie connaissent tous des sécheresses récurrentes, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les ressources en eau, la production agricole et les moyens de subsistance.
« Le Soudan du Sud approche d’un point de basculement critique. Les précipitations de juin à septembre ont été nettement inférieures à la moyenne et les températures ont été supérieures à la moyenne dans une grande partie du pays », a déclaré Shabnam Baloch, directrice nationale d’Oxfam au Soudan du Sud.
« Près de 8 millions de personnes – soit plus de la moitié de la population – sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë et près de 2 millions d’entre elles sont des enfants souffrant de malnutrition aiguë. Les risques de famine persistent dans certaines des zones les plus durement touchées. Le pays figure déjà parmi les zones les plus gravement touchées par la famine au monde.»
Lors de l’Assemblée générale des Nations unies du mois dernier, le secrétaire général Antonio Guterres et plusieurs pays, dont le Vanuatu, l’Inde et la Barbade, ont lancé de fermes avertissements concernant l’aggravation de la crise. Cependant, ces interventions ne se sont pas encore traduites par une résolution spécifique de l’ONU sur El Niño, comme cela avait été le cas lors des précédents épisodes d’El Niño, où une reconnaissance officielle de l’ONU avait contribué à mobiliser l’action internationale et les financements.
Afin de faire face à la situation au cours des prochains mois, Oxfam, à l’instar d’autres organisations de la société civile, a repensé et redéfini les priorités de ses programmes humanitaires en collaboration avec des partenaires dans plusieurs pays. Au Kenya, par exemple, Oxfam travaille avec des organisations communautaires, des jeunes intervenants et des habitants des zones exposées aux inondations pour cartographier les risques locaux et mettre en place des pôles de résilience. Elle prévoit également des transferts monétaires, la fourniture de matériaux pour des abris d’urgence, la distribution de kits d’hygiène pour les femmes et un soutien en matière d’eau et d’assainissement.
La crise devrait encore faire grimper les coûts des denrées alimentaires, du carburant et des engrais, qui connaissent déjà une flambée en raison du conflit en Iran. Cela entraînera de nouvelles perturbations dans les chaînes d’approvisionnement alimentaires et accroîtra la volatilité des marchés mondiaux.
Oxfam appelle les gouvernements à augmenter immédiatement les financements humanitaires, débloqués sur la base de prévisions fiables et de plans convenus au niveau local, et à annuler les dettes insoutenables qui limitent la capacité des pays à réagir. Oxfam appelle également à une augmentation massive et immédiate des investissements dans l’adaptation, les systèmes alimentaires résilients, la sécurité de l’eau et les interventions menées au niveau local.
Fatuma Noor | Fatuma.noor@oxfam.org | +254723944682
Simon Trépanier | Simon.Trepanier@oxfam.org | What’s App: +39 388 850 9970
Le financement actuel des mesures de préparation et d'intervention face au phénomène El Niño provient des sources suivantes :
- Le Fonds central d'intervention d'urgence des Nations unies a débloqué 100 millions de dollars, dont 20 millions ont été versés à ce jour. Ce financement provient des États membres de l'ONU.
- L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont lancé un nouvel appel de fonds de 202 millions de dollars destiné à couvrir 22 pays à haut risque. Il n’est actuellement financé qu’à hauteur d’un cinquième, soit 40 millions de dollars.
- Le PAM a déployé plus de 14 millions de dollars d’aide d’urgence dans six pays à haut risque.
- Le gouvernement britannique a débloqué jusqu’à 15 millions de livres sterling dans le cadre du Fonds pour les crises humanitaires du ministère des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement.
- L’Organisation internationale pour les migrations a lancé un appel de fonds de 110 millions de dollars pour venir en aide à jusqu’à 5 millions de personnes déplacées ; cet appel n’est actuellement financé qu’à hauteur d’un cinquième, soit 20 millions de dollars.
- La DDC a versé une contribution affectée à l’appel conjoint mondial « Joint El Niño Anticipatory Action Appeal » de la FAO et du PAM, d’un montant de 1,8 million de francs suisses (1,9 million d’euros) pour la période 2026–2028.
- Oxfam s’est vu allouer 1,48 million d’euros pour des activités de réponse à El Niño en Amérique centrale (1 million d’euros provenant du service d’aide humanitaire de l’Union européenne, ECHO, et 480 000 euros de l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement, AECID).
- Le PAM prévoit une hausse de près de 75 % de la faim, exposant 12 millions de personnes supplémentaires au risque d’insécurité alimentaire aiguë.