Chaque 26 septembre, la communauté internationale célèbre la Journée mondiale de la contraception. Bien plus qu'une simple date au calendrier sanitaire, cette journée incarne un principe fondamental : le droit de chaque personne de décider librement du moment, du nombre et de l'espacement des naissances. En République Démocratique du Congo (RDC), et particulièrement dans la province de l’Équateur où la prévalence contraceptive moderne plafonnait récemment à peine à 7 % (EDS 2023-2024), l'accès restreint à l'information et aux méthodes de planification familiale alimente un cercle vicieux de mortalité maternelle, de grossesses non désirées et d'abandon scolaire chez les adolescentes
Placée sous le thème international « Un choix pour toutes et tous : pouvoir d'action, intention, accès », la 19ᵉ édition a pris une dimension concrète dans la Zone de Santé Rurale d'Ingende. Sous le leadership d’Oxfam en consortium avec APEE, Santé Monde et l’AMEF, et grâce au financement d’Affaires mondiales Canada (AMC) dans le cadre du projet PRESYS, une vaste campagne d’offre gratuite et de sensibilisation a démontré que transformer la santé sexuelle et reproductive en milieu rural n'est pas une fatalité, mais une question de volonté partagée.
DES RÉALISATIONS CONCRÈTES : LA SANTÉ DE REPRODUCTION À LA PORTÉE DE TOUS ET TOUTES
Pendant cinq jours, du 26 au 30 septembre 2026, la Zone de Santé d'Ingende s’est transformée en un vaste espace de dialogue, de démystification et de soins. À travers des stratégies combinant portes-à-portes, sensibilisations dans les lieux publics, réunions dans les églises et mobilisation des clubs masculins, les équipes de terrain ont abattu les barrières socioculturelles, les fausses croyances et les tabous qui entouraient la contraception.
Au total, plus de 313 références vers des centres de santé ont été effectuées pour l’accès aux services d’implants. Les consultations et les intrants y étaient entièrement gratuits. Cette intervention a permis de sensibiliser et prendre en charge 2 711 personnes dont 1 221 femmes et jeunes filles.
Mélanie, infirmière, et Ruth, participante à cette initiative
UNE SATISFACTION POPULAIRE ET UN IMPACT STRUCTURANT POUR L'AVENIR
L'affluence enregistrée dans les 4 aires de santé ciblées (dont Batsina et Wangata) témoigne du besoin profond de la population locale en matière de planification familiale. Les habitants ont salué l'approche de proximité qui a permis d'associer directement les prestataires de santé, les relais communautaires (RECO) et les jeunes pairs-éducateurs.
En termes de perspectives et d’impact à long terme, le projet PRESYS soutient l’autonomisation économique des femmes en leur permettant de maintenir leurs activités génératrices de revenus. En espaçant les grossesses, les femmes sont davantage en mesure de planifier leur avenir, d’anticiper leurs besoins et de renforcer leur autonomie.
Le projet favorise également le maintien des jeunes filles et des adolescentes à l’école en les sensibilisant aux conséquences des grossesses précoces. Ces efforts se sont traduits par une baisse significative du nombre de grossesses précoces et du taux d’abandon scolaire.
Dans une perspective plus inclusive, le projet implique les hommes et les garçons comme acteurs clés de la santé familiale et de la prévention des IST/VIH. En les responsabilisant, le projet PRESYS contribue à un partage plus équitable des responsabilités liées à la santé sexuelle et reproductive et allège ainsi le fardeau qui pèse souvent sur les femmes.
Autrement dit, en connectant la sensibilisation de masse à la gratuité effective des prestations, la campagne PRESYS a posé les bases d'un changement comportemental durable. L'intégration des hommes et la mobilisation des chefs religieux offrent aujourd'hui un environnement communautaire protecteur et favorable aux choix éclairés des couples et des jeunes.
Micheline, représentante des jeunes participants d'Ingende
ELEMENTS CLES ET TEMOIGNAGES DE TERRAIN
Rien ne décrit mieux le succès de cette journée que la voix des personnes accompagnées eux-mêmes, dont le parcours illustre l'impact humain immédiat de ces interventions de santé publique.
Le projet PRESYS accompagne des femmes et des jeunes filles comme Ruth vers l’autonomisation féminine. « Avant cette campagne, je n'avais pas d'informations sur la planification familiale. En donnant naissance chaque année, il m'était impossible de mener mes activités économiques ou d'assurer l'épanouissement de ma famille. Grâce aux explications des prestataires, j'ai choisi la méthode Jadelle. Aujourd'hui, je me sens sereine, je peux mieux organiser ma vie et j'ai retrouvé le temps de construire mon avenir. Je remercie l'ONG APEE, le Projet PRESYS et AMC pour cette opportunité. » L’histoire de Ruth n’est pas un cas isolé. Elle démontre l’importance de ces interventions au sein de la communauté.
Il est également important de souligner l'engagement de la jeunesse masculine qui n’est pas négligeable. Gédéon Bandeli,23 ans, fait partie de ces jeunes qui ont été accompagnés par le projet. Son témoignage montre que l’impact va au-delà de l’individu : « J'ai compris lors des échanges que la prévention des grossesses non planifiées et des infections sexuellement transmissibles (IST) n'est pas seulement la responsabilité de la jeune fille, mais aussi celle des garçons. En accédant gratuitement aux préservatifs, je peux joindre la pratique à l'information. Aujourd'hui, j'encourage mes amis à s'informer et à se protéger sans aucune honte.» Ces approches permettent une sensibilisation plus inclusive à la responsabilité partagée ainsi qu’aux enjeux liés à la santé sexuelle.
CONCLUSION ET APPEL À L'ACTION
La célébration de la Journée mondiale de la contraception à Ingende a prouvé que lorsque les services de santé se rapprochent des communautés, les barrières tombent et la demande s'exprime. Pour soutenir ces acquis, le maintien de l'approvisionnement en intrants contraceptifs, la continuité des sensibilisations communautaires et le suivi régulier des personnes orientées demeurent la clé de voute d'un système de santé résilient et inclusif en Équateur.