- Seulement 10 % des agents de sensibilisation et surveillance ont été recrutés en raison d'un manque de financement.
- Les établissements de santé sont débordés, certains fonctionnant à plus de 130 % de leur capacité.
Deux mois après le début de la plus grave épidémie du virus Ebola de souche Bundibugyo au monde, dans l'est de la République Démocratique du Congo, jusqu'à 20 000 personnes sont contraintes d'aller chercher de l'eau potable à une seule source située dans l'enceinte d'un centre de traitement d'Ebola à Bunia, faute d'autre solution.
Le personnel d'Oxfam signale que la plupart des centres de santé situés dans les zones les plus touchées par Ebola ne disposent toujours pas d'accès à l'eau potable ni d'installations sanitaires, ce qui entrave dangereusement la prévention de la transmission du virus Ebola.
Le Dr Manenji Mangundu, directeur national d'Oxfam en République Démocratique du Congo, a déclaré :
« Sans eau potable ni système d’assainissement fonctionnel , les conditions élémentaires nécessaires pour enrayer la transmission du virus Ebola font tout simplement défaut. Lorsque des familles sont contraintes d’aller chercher de l’eau à l’intérieur des centres de traitement parce qu’elles n’ont nulle part ailleurs où aller, il ne s’agit plus d’une crise de santé publique liée à un problème d’approvisionnement en eau. Il s’agit d’une véritable bombe à retardement. »
Selon le ministère de la Santé de la RDC, plus de 2011 cas d’Ebola ont été confirmés et plus de 754 décès ont été signalés dans 42 zones sanitaires de l’est du pays. Malgré ce bilan qui ne cesse de s’alourdir, la réponse reste dangereusement insuffisante, avec environ 70 nouveaux cas signalés presque chaque jour.
Le virus pourrait se propager au-delà de l'épicentre, les autorités sanitaires confirmant de nouveaux cas dans les provinces de la Tshopo et du Haut-Uélé et plus récemment à Kisangani, une ville de plus de 1,6 millions de personnes, ce qui rapproche encore davantage le foyer épidémique de deux autres frontières internationales, celles du Soudan du Sud et de la République centrafricaine.
Bien que la couverture du traçage des contacts atteigne désormais 67,4 %, elle reste bien inférieure aux plus de 90 % enregistrés au même stade de l'épidémie d'Ebola en 2018, ce qui laisse un écart important dans les efforts visant à endiguer la propagation de la maladie.
Parallèlement, le manque de moyens financiers pousse les centres de traitement d'Ebola au-delà de leurs limites. Plusieurs établissements du Nord-Kivu et de l'Ituri fonctionnent au-delà de leur capacité d'accueil, certains dépassant même les 130 %, ce qui oblige le personnel de santé à prendre en charge un nombre croissant de patients avec des ressources insuffisantes.
Les centres de traitement étant saturés, de nombreuses personnes chez lesquelles on soupçonne un cas d’Ebola ne peuvent pas y être admises. Elles restent donc au sein de leur communauté ou sont prises en charge dans des établissements de soins de santé primaires mal équipés, ce qui réduit leurs chances de survie et expose le personnel de santé et les communautés à un risque accru de transmission. Dans un cas précis, une femme chez qui l’on soupçonnait la présence du virus a dû attendre quatre heures l’arrivée d’une ambulance, car un seul véhicule était disponible pour transporter les patients.
« Les professionnels de santé font tout ce qu’ils peuvent, mais beaucoup travaillent sans même disposer d’équipements de protection élémentaires, comme des gants, et c’est pourquoi nous constatons des taux d’infection élevés parmi le personnel médical dans différentes localités de l’Ituri. Les centres de santé n’étaient pas préparés », a souligné le Dr Mangundu.
Le manque de financement freine également les actions de sensibilisation des communautés, l’un des éléments essentiels pour enrayer la désinformation et améliorer la surveillance. Deux mois après le début de la pandémie, seulement 10 % des agents de sensibilisation et surveillance ont été recrutés, soit une fraction de ce qui est nécessaire pour contribuer à endiguer la transmission, selon le Centre de prévention des maladies (CDC).
« Les rumeurs comblent le vide. Soit les gens ignorent l’épidémie, soit ils ont trop peur de se faire soigner. Ils meurent chez eux. Chaque décès survenu au sein d’une communauté que nous ne parvenons pas à atteindre représente une chaîne de transmission que nous ne pouvons pas briser », a ajouté le Dr Mangundu.
Oxfam appelle à des investissements urgents pour rétablir l'accès à l'eau potable et mieux équiper les établissements de santé et les communautés, afin que les familles puissent bénéficier de mécanismes de protection de base. Chaque jour de retard sans action permet au virus de se propager davantage, mettant ainsi plus de vies en danger.
Yves Kalwira à Goma | Ykalwira@oxfam.org.uk | +243 814043637
Simon Trépanier à Montréal | Simon.Trepanier@oxfam.org | What’s App : +39 388 850 9970
- Oxfam est l'une des rares organisations à fournir une aide en matière d'approvisionnement en eau, d'assainissement et d'engagement communautaire dans les zones de Butembo, Mongwalu et Rwampara. Oxfam a besoin de toute urgence d'un financement de 10 millions d'euros pour rétablir les services de base d'approvisionnement en eau et d'assainissement dans les zones sanitaires touchées avant que l'épidémie ne s'aggrave davantage.
- Oxfam apporte également son soutien aux agents locaux en organisant des formations et des campagnes d'information afin d'aider les familles à comprendre comment se protéger contre Ebola et de lutter contre la désinformation.